Archives Mensuelles: avril 2012

Comment?

Ces revelations ébranlent mes certitudes. Elles semblent si irréalistes, elles remettent en cause un siècle de notre histoire. Et pourtant, au fond de moi, je sais qu’il ne s’agit que de la réalité. Je comprends pourquoi le choix des livres numeriques est si restreint, je comprends pourquoi les autorités ne veulent surtout pas developper les transports individuels et autonomes. Je comprends pourquoi tout semble si parfait, si lisse. J’essaie aussi de comprendre comment on peut eliminer de l’histoire, de l’esprit des gens une part de la population. Je réalise que, comme tout le monde, j’ai peu de temps pour moi, que je le consacre à me changer les idées. Avec le travail qui a pris une part plus importante de nos vies, il suffit de ne plus parler de ce qu’on veut occulter aux informations, et nous encourager à travailler plus, pour que, generations apres generations, chacun oublie totalement ces gens.

Au fur et à mesure que je prends conscience de tout cela, ma colère grandit. Je suis profondément scandalisé. Scandalisé que les autorités nous aient, m’aient manipulé, mais aussi qu’elles aient laissé ces gens, à l’écart de tout, survivre entre eux, sans les aider. Il faut à tout prix changer les choses, agir. Pour que les gens comme moi sachent la réalité. Qu’ils connaissent l’existence de ces gens. Leur quotidien. C’est comme cela que nous arriverons à changer les choses.

Decouverte du passé

Apres une journée de repos, Marc m’emmene comme prévu voir son client, Paul. Sur le chemin, je vois au nord des immeubles un mur immense, plus grand que les immeubles, qui empeche quiconque de voir ce qui se passe de l’autre coté, et d’envisager y acceder.

Lorsqu’on arrive chez Paul, Marc m’annonce qu’il lui reste du travail et me laisse avec son client. L’element marquant de son appartement est l’importante bibliotheque, remplie de livres, de vrais livres, écrits sur du papier. Ces livres sont rares, preservés avec soin, et ne peuvent pas etre lus par n’importe qui. La majorité des « livres » que l’on peut lire sont des livres numeriques, de deux types : des histoires simplistes pour nous detendre et ne pas penser à notre quotidien, ou des livres « documentaires », plus ou moins imaginatifs, qui nous permettent d’acquerir de nouvelles connaissances et d’ouvrir notre esprit de conception. Je suis donc particulierement étonné d’en voir autant ici. Je regarde les auteurs. Moliere, Voltaire, Verne, Hugo, Robida,… Les noms defilent, et je n’en connais pas un seul. Je questionne notre hôte :

« -Comment avez-vous obtenu tous ces livres?

– Ils se transmettent de pere en fils. Ce sont les vestiges du passé, d’un temps bien different. Les livres permettent de s’extraire du quotidien, de rever un peu, ce qui ici n’est pas inutile. La fiction peut permettre d’ouvrir son esprit et de decouvrir un monde qui n’existe pas, pas encore. Par exemple, Verne et Robida ont ouvert la voix, avec leurs idées. Ils ont inventé des systemes, ont eveillé la curiosité d’ingenieurs qui ont tenté de les reproduire, et ces avancées ont été marquantes. Il s’agit du telephone, il s’agit des transports. D’autres profitent de la fiction pour poser des questions, pour remettre en cause des principes, pour remettre en cause la société. La fiction est une arme, une arme progressiste. Avec l’instruction, elle peut faire tomber n’importe quelle dictature, n’importe quel regime totalitaire. Elle permet d’envisager un autre monde, pas seulement pour le loisir, mais pour le créer ensuite. Mais ici, on peine deja à essayer de survivre… Alors elle reste un vestige du passé, une epoque où tout était encore envisageable.

– Qu’est-ce qui s’est passé ici?!

– Vous l’ignorez donc? Vous ne savez pas ce qui s’est passé?

-Je suis un peu perdu depuis quelques jours, je n’ai aucune idée de l’endroit où je suis.

– On va peut-etre revenir un peu en arriere alors… Il y a des decennies, les avancées technologiques, scientifiques étaient nombreuses. Elles amelioraient le quotidien. Lorsqu’est arrivée la modification génétique, qui permettait d’assurer bonne santé et réussite dans la vie, on a d’abord pensé que c’était une decouverte merveilleuse. Les maladies étaient nombreuses, surtout pour les pays pauvres. On a pensé que cela allait permettre à tous d’avoir autant de chance de reussir dans la vie, de vivre. Mais ces modifications étaient couteuses. Seuls les plus aisés pouvaient se permettre d’y recourir. Ils en ont profité non pas pour se soigner, mais pour acquerir plus d’intelligence, de capacité de reflexion, ou de force, selon ce que les parents voulaient de leurs enfants. Et les plus pauvres ont été oubliés. C’a eu pour effet direct de stopper l’ascenseur social. Les plus riches avaient des enfants intelligents, qui allaient donc avoir des postes importants et gagner de l’argent. Les plus pauvres, en pouvant y recourir, malgré leur travail, leurs capacités, leur motivation, n’ont pas pu rivaliser et les enfants ont fini par avoir le meme niveau de vie que leurs parents. Et puis sont arrivés les systemes robotisés. Transports automatiques, ouvribots. Les machines sont devenues de plus en plus sophistiquées, elles arrivaient à acquerir, grace à de la simple programmation, un savoir-faire que certains mettaient des années à obtenir. Les machines ont surpassé les ouvriers, meme les plus qualifiés, ceux qui pensaient que seuls l’humain pouvait faire ce qu’ils faisaient. Et ces machines pouvaient travailler 24h/24, n’avaient pas d’exigences, et étaient moins couteuses. Alors, lorsqu’il a fallu choisir, les autorités n’ont pas hesité. Il fallait en mettre partout. Mais que faire des ouvriers au sens large, de leurs enfants, que faire des familles les moins aisées? Il leur est apparu que nous n’etions plus utiles à la société. Alors ils nous ont mis à part. Dans des endroits comme ici. Ils ont construit des murs pour qu’on ne derange plus personne, qu’on les laisse vivre dans leur société parfaite. Ils nous ont laissé des vivres, pour avoir bonne conscience. Ils nous ont laissé le strict minimum et depuis, on vit comme on peut. Et vous, vous nous ignorez. »

Bicyclette

La bicyclette et ses composants

Apres avoir enfilé les vêtements que m’avait indiqué Marc, je parcours la pièce du regard. La décoration, le mobilier est simple. Pas de trace de technologie : pas de télévision, pas d’écran numérique, aucune trace de systeme de communication. Le réveil près du lit semble être la chose la plus avancée de la pièce. Le ciel dehors est sombre, la piece manque de luminosité.

« Lumiere. »

C’est un réflexe, mais je devais m’en douter, un réflexe inutile ici. Il ne semble pas y avoir d’électricité, et encore moins de reconnaissance vocale. Je me résigne à rester dans cette pénombre. Mon regard tombe sur une bicyclette. La bicyclette, ou vélo, n’est plus utilisée depuis des décennies, et je suis assez amusé d’en trouver ici. L’avant semble abimé, la roue n’est du coup plus droite, ce qui explique surement que Marc la laisse dans son appartement. J’essaie, en observant l’appareil, de me souvenir, grossièrement, du fonctionnement.

Les pédales, sous la pression des pieds, actionnent une chaine qui va ensuite entrainer la roue arrière. Le cycliste pose ses mains sur le guidon, à l’avant, et peut freiner la roue arrière ou la roue avant grâce à des poignées situées sur le guidon. Même si je ne comprends pas l’utilité de chaque élément, le fonctionnement semble relativement simple.

Le vélo était autrefois utilisé pour se déplacer, mais pas seulement. Beaucoup faisaient du vélo par loisir, et d’autres encore l’utilisaient comme outil sportif. Nous avons facilement pu remplacer les vélos par d’autres moyens de transport, plus contrôlés comme le souhaitait le gouvernement, et des appareils sportifs plus perfectionnés, permettant de muscler simultanément de nombreuses parties du corps, ont détourné les sportifs du vélo. Petit à petit, il a disparu de notre quotidien.

Ma tête continue à me faire souffrir, et je réalise que j’analyse cette bicyclette comme j’analyserai n’importe quel projet. Cela me permet surement de ne pas penser à ma situation actuelle, floue et incompréhensible aujourd’hui. J’espère que Marc, et son client, pourront rapidement m’aider.

Le reveil

Je reprends peu à peu connaissance. Ma tête me fait mal… Je réalise que je ne suis plus dans la rue, mais dans un appartement inconnu. La vision un peu floue, j’essaie de regarder autour de moi. L’appartement est loin d’être moderne, bien qu’il ait surement été rénové à de nombreuses occasions. Je suis allongé sur un canapé, on m’a enlevé mes vêtements, et je vois un lit avec un homme, fin, les cheveux longs et roux, plutôt mal rasé. L’homme se réveille et remarque que je l’observe. Je l’interroge, un peu paniqué :

« -Où suis-je? Qui êtes-vous?!

-Je suis Marc Dubois, je rentrais du travail quand je vous ai vu sur le sol, on vous a surement agressé. Je vous ai ramené chez moi, vous êtes en sécurité ici.

-Mais… On est où ICI?!

-Mon appartement? Oh.. Non… Vous ne savez pas où vous êtes? Comment vous vous appelez?

– Je m’appelle Arnaud Simons. Et non, j’ignore totalement où je suis…

– Et bien, Arnaud Simons, vous êtes de l’autre coté du mur, dans le ghetto, ou j’ignore comment vous appelez cet endroit ! Vous ne savez pas comment vous êtes arrivé ici? Je comprends que vous soyez un peu dépaysé ! Ça ne doit pas ressembler à votre quotidien hein? »

Je ne comprends absolument rien à cette conversation.

« -Mais de quoi parler vous?!

-Vous… Vous ignorez vraiment où vous êtes? Vous ne savez pas ce qu’est cet endroit?!

– Je n’en ai aucune idée… Quel mur?

– Comment etes-vous arrivé ici alors?

– Je travaille dans une entreprise de transport, je travaille en ce moment, avec un scientifique, le docteur Leming, sur un projet de téléportation. J’ai voulu le tester, et…

– La téléportation?! Mais vous ne saviez pas qu’on existait?!

– Mais qui?!

– Ecoutez, je ne suis peut-etre pas le mieux pour vous expliquer… Je suis vraiment désolé, je dois aller chez un client. Il saura surement quoi faire. J’ai laissé vos vetements dans un coin, ils sont abimés, sales, et peu communs ici. Evitez de les porter, prenez plutot les miens. Vous pourrez vous promener plus facilement, mais n’allez pas trop loin, vous risqueriez de vous perdre ou de faire de mauvaises rencontres. N’hesitez pas à vous servir si vous avez faim. J’espere rentrer vite avec des reponses à vous donner ! »

Marc Dubois me laisse seul. Ce n’est peut-etre pas plus mal. Ma tête me fait toujours un peu mal, et je me sens perdu. J’ai du arriver là en parametrant mal la machine. Mais elle fonctionne ! En d’autres circonstances, j’aurais pu être soulagé. Mais je suis maintenant perdu dans un endroit inconnu. Les choses ici ne ressemblent en rien à ce que je connais. J’espère que Marc aura rapidement des réponses à me donner…

Nul part

Je me sens un peu nauséeux, j’ai du mal à sentir mes membres, et je suis totalement aveugle… Mes sens reviennent peu à peu, et la lumière m’aveugle, il faut du temps avant que mes yeux s’habituent. Je sens le vent contre mon corps, je suis surement à l’extérieur. Une petite erreur de parametrage je suppose. Lorsque mes yeux s’accommodent à la lumière du lever de soleil, je regarde autour de moi. Des immeubles m’entourent, mais il ne s’agit pas de ceux du Central District, ni meme de n’importe quel quartier de la ville. Les immeubles sont vieux, abimés et sales, même si on voit des efforts faits pour les rénover à de nombreuses reprises. Je n’ai jamais vu un endroit comme ça et ne comprends pas du tout où je peux me trouver. Je commence à paniquer, ce qui n’arrange pas mon état. Ma tête tourne. J’entends des bruits de pas, ou serait-ce mon coeur qui bat plus fort? Un sifflement dans l’air… Aïe, ma tête…

Dematerialisation

Les deux jours ont passé, Leming est toujours contre l’idée de proceder aux essais… Je suis à bout, et me dirige vers son laboratoire. Il est 6h du matin, les couloirs sont vides, je passe les nombreux tests de sécurité avant d’entrer dans le laboratoire. Je me dirige vers le tableau de bord de la machine. Comme me l’a montré le professeur Leming, deux interfaces sont possibles, je choisis l’affichage géographique, qui semble plus simple à parametrer. Je regarde donc la carte, zoome sur l’endroit où il est indiqué que je suis. Mes mains tremblent. Je clique donc près de là où je suis, puis sur l’icone pour lancer le compte à rebours. Juste avant que l’image disparaisse, j’ai un doute. L’image n’avait-elle pas bougée? Ca doit etre le stress, j’imagine des choses. Mais apres cet essai, tout ira bien. Je me precipite dans la machine pour y etre à temps. Une fois que j’y suis, des eclairs lumineux m’entourrent, je suis rapidement ébloui, et je me sens mal…

Vous avez un nouveau message

Aucune réponse de monsieur Foover les jours qui suivent mon message. Je suppose que c’est une bonne nouvelle.

Ce matin, j’arrive au bureau en retard, le manque d’envie de venir, que je sens grandissant depuis quelques semaines, combiné à la surfréquentation de l’Aerus m’ont, ce matin, été fatal. J’entre dans mon bureau, et Jarvis m’accueille en m’annoncant le nombre de messages.

« -Vous avez 12 messages internes monsieur Simons, dont un message de monsieur Foover. »

Je m’assoie, et lui demande, inquiet, de lancer la vidéo. Le visage dur de monsieur Foover s’affiche sur l’ecran qui fait face à mon bureau, et sa voix resonne dans l’ensemble de la piece.

« -Simons, j’ai contacté les autorités, la situation ne peut plus durer. Vous devez passer à la vitesse superieure et commencer dès à présent les tests sur les humains. Je me moque de la mauvaise publicité que pourrait faire un echec, ce n’est rien, RIEN, face à ce que le gouvernement pourrait faire à l’entreprise si nous ne faisons pas ce qu’ils souhaitent. Vous avez deux jours. »

La tranquillité, toute relative, n’aura pas duré. La machine semble être prête pour les tests sur les humains, mais le docteur Leming ne souhaite pas sauter les étapes et veut être sur qu’il n’y aura aucun problème. J’ai un peu d’expérience avec les scientifiques, et il n’est généralement pas avisé de leur forcer la main…. J’ignore comment je vais pouvoir me sortir de cette affaire… A moins que… Non…

Premier essai

Depuis 5 jours, le docteur Leming me promet de procéder aux premiers tests sur des mammifères. Et voilà chose faite !

Je suis à mon bureau, la journée est sur le point de se terminer, et je respire enfin, après pratiquement 2 semaines de stress intense. Je dois relativiser, les problèmes sont loin d’être terminés, mais je peux présenter pour la première fois à mes supérieurs et collaborateurs une avancée importante. Il faut reconnaitre que pour les nombreux actionnaires, membres du conseil d’administration, directeurs de département, la téléportation de tissus humains, que Leming utilisait comme test, ne représentait pas vraiment un signe rassurant sur l’avancée de notre travail. Ils vont maintenant être rassurés et peut-etre me laisser respirer quelques jours, avant de me pousser à faire des essais humains, ce que Leming refuse pour l’instant.

« – Jarvis, je vais laisser un message à Monsieur Foover, tu es pret?

– Oui monsieur, redressez vous un peu pour etre correctement dans le champ. 3, 2, 1…

– Monsieur Foover, je suis heureux de pouvoir vous informer que le docteur Leming a procédé aujourd’hui aux premiers essais sur les mammifères. Son choix s’est porté sur un singe, pour sa complexité cellulaire, mentale et anatomique. Après les tests concluants sur les tissus humains qui ont permis au docteur de développer sa technique, ses tests semblent démontrer la fiabilité de la technique utilisée. Ses craintes concernant la perte d’énergie n’ont pas été confirmées par l’essai, nous avançons donc surement vers notre objectif. Le docteur Leming affirme pouvoir d’ici une semaine ou deux tester la téléportation sur un cobaye humain. Il ne souhaite pas pour l’instant sauter les étapes, ce que nous pouvons tous comprendre. Si jamais un accident se produisait, l’image de notre entreprise risquerait d’en souffrir sérieusement, et la commercialisation, qui serait retardée pour des problèmes techniques, risquerait d’être freinée par cette mauvaise publicité. Tout ceci n’est évidemment pas dans notre intérêt, j’espère que vous comprendrez cette prudence. Soyez cependant assuré, Monsieur, que je fais le nécessaire pour faire avancer notre projet et que je travaille sérieusement avec l’ensemble des équipes pour accélérer le travail ultérieur à la finalisation de notre appareil. Je reste à votre disposition, ainsi qu’à celle de vos collaborateurs, pour de plus amples informations. Fin Jarvis.

-C’est enregistré monsieur. »

Malgré l’excitation, due à la fois au soulagement de voir notre projet avancer, mais aussi au spectacle auquel j’ai assisté plus tôt dans la journée – la dématérialisation du singe puis sa matérialisation à l’autre bout de la pièce – je reste relativement inquiet. Connaissant la direction, il est peu probable qu’elle se satisfasse de cet essai très longtemps…

Matin, midi et soir

Voilà une semaine que j’ai rencontré monsieur Foover. Depuis, ma vie est devenue un enfer. La direction a décidé de mobiliser l’ensemble des départements pour la commercialisation de la téléportation. Les uns réfléchissent à quel mode privilégier (teleportation personnelle ou centre de teleportations), les autres au packaging, à la campagne de publicité, aux différents contacts dans les autres entreprises, au prix, à l’acheminement de l’énergie. Certains doivent même envisager le monde post-teleportation : nombre d’utilisation, capacité d’énergie nécessaire, nombre de personnes délaissant l’Aerus, donc changement de la fréquence, baisse des couts d’énergie pour l’Aerus… L’entreprise tourne autour de la téléportation alors que le docteur Leming n’a pas encore procédé aux premiers tests. Il faut faire vite, il faut être prêt rapidement. Sauf que tout cela semble dépendre de moi, et mes nerfs sont soumis à rude épreuve.

Dès l’arrivée au bureau le matin, les messages vidéos sont nombreux de la part du conseil d’administration, pour m’incendier, me pousser à avancer, me rappeler l’importance capitale de cette avancée. Quelqu’un frappe à la porte toutes les 10 minutes pour me demander des informations sur l’avancée du projet, ce que je peux comprendre puisqu’ils se trouvent eux aussi soumis au meme stress que moi. Les réunions s’enchainent. Equipe marketing, équipe commerciale, équipe technique, équipe comptable, équipe statistiques, équipe environnement, équipe ergonomie, équipe relations internes, équipe relations externes… Qui aurait pu croire qu’au sein de la meme entreprise pouvaient coexister autant d’équipes dont le travail semble si identique. « Ah mais non monsieur Simons, le travail de mon equipe n’est pas de savoir combien le vendre, mais en combien d’exemplaire, ça n’a rien à voir. » « Non monsieur, je ne suis pas là pour savoir à qui le vendre, mais à qui fournir l’assistance technique, ce ne sont pas du tout les mêmes personnes. ». Moi qui suis pratiquement né pour faire ce travail, je semble totalement dépassé par les événements. Ces équipes, que j’ai du pourtant rencontrer de nombreuses fois durant ma carrière, semblent me tomber dessus toutes en même temps et je suis perdu.

Le docteur Leming m’a assuré que d’ici quelques jours, nous pourrons procéder aux premiers tests, avec la nouvelle machine, sur des organismes complexes, sans évidemment aborder la question du test humain « Chaque chose en son temps monsieur Simons, sauter les étapes pourrait s’avérer très dangereux. » Je doute que monsieur Foover saute de joie en apprenant que nous avons réussi à téléporter une pomme.

Dr Thomas J. Leming

Niveau -3, les laboratoires. Apres avoir passé les differents sas de sécurité qui protegent ce niveau essentiel pour le developpement de notre entreprise, je me dirige directement vers le bureau du docteur Leming, chargé du projet de téléportation. Je l’avais deja informé de l’intérêt que certains dirigeants portaient à son projet, mais il va falloir maintenant que je me concentre sur son travail pour le faire aboutir le plus rapidement possible. J’ai informé les autres equipes que leur projet n’était plus jugé prioritaire, ce qui a fait quelques déçus, mais je leur ai assuré que d’ici quelques semaines, je l’espère, je pourrai travailler davantage avec eux.
J’entre dans le bureau du docteur Leming, qui s’affaire sur son tableau numérique. Je me retrouve immédiatement immergé dans un autre monde, où les formules mathématiques côtoient les schémas physiques. Le docteur Leming, un petit homme en blouse blanche, les cheveux  blancs, longs et hirsutes, des lunettes rondes sur son nez jongle avec ses formules, passant d’un coin du grand tableau à l’autre, ajoutant ici un plus, en ajoutant là une ligne supplémentaire de calcul. Lorsqu’il me remarque, il s’approche de moi pour me serrer la main.
« -Ah monsieur Simons, comment allez-vous?
-Eh bien, docteur Leming, j’ai connu mieux… Je sors du bureau de monsieur Foover…
-Oh… »
Son visage laisse percevoir son inquiétude.
« -Je vous avais déjà dit que la direction avait trouvé votre projet très intéressant, visiblement ils souhaitent qu’il soit terminé au plus vite… La pression gouvernementale est très importante, et monsieur Foover semble de ce fait en faire un sujet personnel. Nous devons vraiment avancer docteur, très très très rapidement.
-Oh… Je ne suis pas encore prêt vous savez…
-Où en êtes-vous?
-Comme vous avez peut-être pu le lire dans mes comptes-rendus, j’ai changé l’interface, ce qui a retardé mon travail. J’ai pu régler le problème de la transmission de la personnalité et la matière, ma principale inquiétude reste la perte d’énergie, je souhaite m’assurer qu’il n’y aura aucun problème avant de procéder aux premiers essais sur les êtres vivants avec cette interface, sans encore parler des humains, comme vous pouvez le voir sur le tableau. »
Je jette un coup d’œil au tableau et, comme je m’y attendais, ne comprends pas du tout où il peut bien en être. Mes parents ont souhaité développer à ma naissance mes capacités de gestion et de communication, qui ne sont pas vraiment celles utiles pour comprendre tous ces hiéroglyphes.
« -Nous allons devoir nous voir plus souvent docteur, il faut que je sache où vous en êtes, et qu’ensemble nous avancions, les premiers tests doivent arriver rapidement, je compte sur vous. »