Decouverte du passé

Apres une journée de repos, Marc m’emmene comme prévu voir son client, Paul. Sur le chemin, je vois au nord des immeubles un mur immense, plus grand que les immeubles, qui empeche quiconque de voir ce qui se passe de l’autre coté, et d’envisager y acceder.

Lorsqu’on arrive chez Paul, Marc m’annonce qu’il lui reste du travail et me laisse avec son client. L’element marquant de son appartement est l’importante bibliotheque, remplie de livres, de vrais livres, écrits sur du papier. Ces livres sont rares, preservés avec soin, et ne peuvent pas etre lus par n’importe qui. La majorité des « livres » que l’on peut lire sont des livres numeriques, de deux types : des histoires simplistes pour nous detendre et ne pas penser à notre quotidien, ou des livres « documentaires », plus ou moins imaginatifs, qui nous permettent d’acquerir de nouvelles connaissances et d’ouvrir notre esprit de conception. Je suis donc particulierement étonné d’en voir autant ici. Je regarde les auteurs. Moliere, Voltaire, Verne, Hugo, Robida,… Les noms defilent, et je n’en connais pas un seul. Je questionne notre hôte :

« -Comment avez-vous obtenu tous ces livres?

– Ils se transmettent de pere en fils. Ce sont les vestiges du passé, d’un temps bien different. Les livres permettent de s’extraire du quotidien, de rever un peu, ce qui ici n’est pas inutile. La fiction peut permettre d’ouvrir son esprit et de decouvrir un monde qui n’existe pas, pas encore. Par exemple, Verne et Robida ont ouvert la voix, avec leurs idées. Ils ont inventé des systemes, ont eveillé la curiosité d’ingenieurs qui ont tenté de les reproduire, et ces avancées ont été marquantes. Il s’agit du telephone, il s’agit des transports. D’autres profitent de la fiction pour poser des questions, pour remettre en cause des principes, pour remettre en cause la société. La fiction est une arme, une arme progressiste. Avec l’instruction, elle peut faire tomber n’importe quelle dictature, n’importe quel regime totalitaire. Elle permet d’envisager un autre monde, pas seulement pour le loisir, mais pour le créer ensuite. Mais ici, on peine deja à essayer de survivre… Alors elle reste un vestige du passé, une epoque où tout était encore envisageable.

– Qu’est-ce qui s’est passé ici?!

– Vous l’ignorez donc? Vous ne savez pas ce qui s’est passé?

-Je suis un peu perdu depuis quelques jours, je n’ai aucune idée de l’endroit où je suis.

– On va peut-etre revenir un peu en arriere alors… Il y a des decennies, les avancées technologiques, scientifiques étaient nombreuses. Elles amelioraient le quotidien. Lorsqu’est arrivée la modification génétique, qui permettait d’assurer bonne santé et réussite dans la vie, on a d’abord pensé que c’était une decouverte merveilleuse. Les maladies étaient nombreuses, surtout pour les pays pauvres. On a pensé que cela allait permettre à tous d’avoir autant de chance de reussir dans la vie, de vivre. Mais ces modifications étaient couteuses. Seuls les plus aisés pouvaient se permettre d’y recourir. Ils en ont profité non pas pour se soigner, mais pour acquerir plus d’intelligence, de capacité de reflexion, ou de force, selon ce que les parents voulaient de leurs enfants. Et les plus pauvres ont été oubliés. C’a eu pour effet direct de stopper l’ascenseur social. Les plus riches avaient des enfants intelligents, qui allaient donc avoir des postes importants et gagner de l’argent. Les plus pauvres, en pouvant y recourir, malgré leur travail, leurs capacités, leur motivation, n’ont pas pu rivaliser et les enfants ont fini par avoir le meme niveau de vie que leurs parents. Et puis sont arrivés les systemes robotisés. Transports automatiques, ouvribots. Les machines sont devenues de plus en plus sophistiquées, elles arrivaient à acquerir, grace à de la simple programmation, un savoir-faire que certains mettaient des années à obtenir. Les machines ont surpassé les ouvriers, meme les plus qualifiés, ceux qui pensaient que seuls l’humain pouvait faire ce qu’ils faisaient. Et ces machines pouvaient travailler 24h/24, n’avaient pas d’exigences, et étaient moins couteuses. Alors, lorsqu’il a fallu choisir, les autorités n’ont pas hesité. Il fallait en mettre partout. Mais que faire des ouvriers au sens large, de leurs enfants, que faire des familles les moins aisées? Il leur est apparu que nous n’etions plus utiles à la société. Alors ils nous ont mis à part. Dans des endroits comme ici. Ils ont construit des murs pour qu’on ne derange plus personne, qu’on les laisse vivre dans leur société parfaite. Ils nous ont laissé des vivres, pour avoir bonne conscience. Ils nous ont laissé le strict minimum et depuis, on vit comme on peut. Et vous, vous nous ignorez. »

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