Dr Thomas J. Leming

Niveau -3, les laboratoires. Apres avoir passé les differents sas de sécurité qui protegent ce niveau essentiel pour le developpement de notre entreprise, je me dirige directement vers le bureau du docteur Leming, chargé du projet de téléportation. Je l’avais deja informé de l’intérêt que certains dirigeants portaient à son projet, mais il va falloir maintenant que je me concentre sur son travail pour le faire aboutir le plus rapidement possible. J’ai informé les autres equipes que leur projet n’était plus jugé prioritaire, ce qui a fait quelques déçus, mais je leur ai assuré que d’ici quelques semaines, je l’espère, je pourrai travailler davantage avec eux.
J’entre dans le bureau du docteur Leming, qui s’affaire sur son tableau numérique. Je me retrouve immédiatement immergé dans un autre monde, où les formules mathématiques côtoient les schémas physiques. Le docteur Leming, un petit homme en blouse blanche, les cheveux  blancs, longs et hirsutes, des lunettes rondes sur son nez jongle avec ses formules, passant d’un coin du grand tableau à l’autre, ajoutant ici un plus, en ajoutant là une ligne supplémentaire de calcul. Lorsqu’il me remarque, il s’approche de moi pour me serrer la main.
« -Ah monsieur Simons, comment allez-vous?
-Eh bien, docteur Leming, j’ai connu mieux… Je sors du bureau de monsieur Foover…
-Oh… »
Son visage laisse percevoir son inquiétude.
« -Je vous avais déjà dit que la direction avait trouvé votre projet très intéressant, visiblement ils souhaitent qu’il soit terminé au plus vite… La pression gouvernementale est très importante, et monsieur Foover semble de ce fait en faire un sujet personnel. Nous devons vraiment avancer docteur, très très très rapidement.
-Oh… Je ne suis pas encore prêt vous savez…
-Où en êtes-vous?
-Comme vous avez peut-être pu le lire dans mes comptes-rendus, j’ai changé l’interface, ce qui a retardé mon travail. J’ai pu régler le problème de la transmission de la personnalité et la matière, ma principale inquiétude reste la perte d’énergie, je souhaite m’assurer qu’il n’y aura aucun problème avant de procéder aux premiers essais sur les êtres vivants avec cette interface, sans encore parler des humains, comme vous pouvez le voir sur le tableau. »
Je jette un coup d’œil au tableau et, comme je m’y attendais, ne comprends pas du tout où il peut bien en être. Mes parents ont souhaité développer à ma naissance mes capacités de gestion et de communication, qui ne sont pas vraiment celles utiles pour comprendre tous ces hiéroglyphes.
« -Nous allons devoir nous voir plus souvent docteur, il faut que je sache où vous en êtes, et qu’ensemble nous avancions, les premiers tests doivent arriver rapidement, je compte sur vous. »

Rencontre au sommet

« Bonjour monsieur ». Un peu trop court. « Bonjour monsieur, comment allez-vous? » Un peu trop familier. « Bonjour monsieur Foover, je suis ravi de vous voir ». Un peu trop fayot. J’attends sur un des fauteuils spacieux du 60e et dernier étage de l’immeuble, devant l’importante double-porte qui donne accès au bureau de Monsieur Foover, et, comme il se doit, je suis relativement stressé. J’ignore comment va tourner l’entretien, si je vais etre incendié pour mon incapacité, ou encouragé à innover… La femme holographique qui me fait face, derriere le bureau purement decoratif, interrompt ma reflexion.

« Monsieur Foover va vous recevoir dans un instant monsieur Simons ».

Bien… Il va falloir y aller… Les portes s’ouvrent automatiquement sur une grande piece, et une voix forte retentit.

« ENTREZ SIMONS »

J’entre, en essayant de me donner un air assuré. Monsieur Foover se leve, derriere son bureau interactif en U. Derriere lui, des fenetres permettent d’observer l’ensemble du District Central, et la station de l’Aerus. Sur le mur à ma gauche, des ecrans ultra-fins collés au mur indiquent le cours des actions des entreprises les plus importantes. A droite, une porte doit mener aux bureaux de ses assistants, un petit salon attend d’accueillir des invités prestigieux, et juste derriere, les photos numerisées de la famille Foover temoignent du long passé de l’entreprise. Je m’avance vers le bureau, les portes se ferment et completent un ecran géant face au bureau, qui sert surement lord des visioconférences.

« – Bonj…

– Asseyez vous Simons. »

Je m’execute.

« Bien, vous n’etes pas sans savoir que la situation du transport se complique. Les entreprises ont tendance à se centraliser pour faciliter les échanges. Faute de place, les quartiers d’affaires grossissent encore plus vite que nous ne l’avions pensé. Parallelement à ca, les centres-villes sont saturés et les commerces doivent s’ouvrir en peripherie. Les transports doivent s’étendre, et nous ne voulons pas le faire betement. Depenser des centaines de milliards pour garder un systeme qui commence à vieillir est absurde et contreproductif. Nos transports sont saturés, et les trajets sont de plus en plus long. Plus de temps de trajet, c’est plus de fatigue, moins d’efficacité, et moins de facilité pour consommer. Vous comprendrez que les autorités s’inquietent grandement de la situation, et ne me lachent plus. Il nous faut un systeme innovant et efficace, et il nous le faut vite. Il en va de ma carriere, et donc de la votre Simons. »

Son visage, encadré de cheveux courts grisonants, est fin et affiche un air des plus serieux. Son regard, severe et sa barbe, elle aussi grisonnante et taillée en bouc autour de sa bouche, soulignent son ton.

« -Qu’est-ce que vous avez à me proposer Simons?

-Eh bien monsieur… Une de mes equipes travaille sur un systeme proche de l’Aerus mais plus individuel, qui permettra à chacun de definir son itineraire et de developper les directions.

-Mmmmh…

– J’ai aussi un vehicule terrestre automatisé qui…

– Vous savez que les autorités n’aiment pas particulierement les vehicules terrestres. Quoi d’autre?

– Un systeme assez inventif, mais pas encore au point, de tubes dans lesquels sont propulsés des modules, qui fonctionne grace à des machines electro-pneumatiques.

– Et la téléportation? On m’a dit que vous aviez des avancées?

– Oui monsieur, notre scientifique a fait des decouvertes essentielles, nous nous rapprochons du fonctionnement théorique, mais aucun test n’a été fait pour l’instant…

– Vous pensez que cela pourrait etre concluant?

– Il y a de grandes chances, mais pour l’instant…

– Vous allez vous concentrer sur ce projet. Je veux que vous fassiez tout ce que vous pouvez pour qu’il avance, vite, et qu’il soit concluant. N’oubliez pas ce que je vous ai dit Simons. Il en va de ma carrière, je ferai ce qu’il faut pour que vous ne l’oubliez pas. »

La téléportation

Cela fait des siècles que la téléportation appartient à l’imaginaire collectif. Image du futur, de l’innovation par excellence, la téléportation n’a jamais pu, malgré le nombre important de scientifiques qui y ont consacré leur vie, dépasser le stade de l’imagination. Et voilà que nous sommes sur le point de changer l’histoire des transports. Un de nos scientifiques, en charge du projet, le docteur Thomas J. Leming, a réussi à résoudre un à un les problèmes qui jusqu’à présent rendaient cette invention inapplicable. Encore une fois, je ne comprends pas tous les détails scientifiques et techniques qui lui ont permis d’avancer, mais il semble qu’il s’approche chaque jour un peu plus des premiers essais. Essais qui, j’espère, nous permettrons de rapidement commercialiser ce moyen de transport révolutionnaire qui mettra fin aux files d’attentes interminables dans les stations et au temps de transport qui peut peser au quotidien. En bref, un projet essentiel qui risque de changer le quotidien de tous.

« – Monsieur, il est 9h50, vous avez rendez-vous avec l’équipe marketing. » m’interrompt Jarvis

Je ferme les dossiers de mon bureau interactif et le verrouille.

Les tubes

ImageTroisième et avant dernier projet à consulter : celui de Robert Hida. Son projet est encore à la phase embryonnaire et les justifications techniques ne sont pas encore présentes. Il l’a baptisé « les tubes », nom peu vendeur qu’il conviendra de modifier si le projet est accepté. Ce mode de transport serait composé de module cylindrique attachés les uns aux autres qui circuleraient dans des grands tubes. Ces cylindres seraient projetés dans les tubes grâce à des machines electro-pneumatique à une vitesse maximale théorique de 1600 km/h. Arrivé à destination, chaque module se séparera automatiquement des autres pour entrer en gare. Les tubes aller et retour seront évidemment séparés. Le nombre de cylindres accrochés les uns aux autres pourrait s’élever à 40, ce qui représenterait 800 voyageurs. Cette idée semble particulièrement intéressante pour les longs trajets, même s’il ne répond probablement pas à la problématique actuelle. Les questions techniques sont nombreuses : le module, une fois lancé, semble ne plus être contrôlable. Il faudra réfléchir à un système de frein permettant de le stopper à tout moment et des outils de contrôle à l’intérieur des tubes. Cependant, grâce au système pneumatique et à la force initiale imposée aux cylindres, ces derniers semblent en grande partie ne pas dépendre de l’énergie, ce qui permettra de grosses économies d’énergie et qui, avec la vitesse, sera surement son principal atout. Je soulèverai ces problèmes avec Rob’ dès que je le verrai cet apres-midi. L’heure tourne, il me faut rapidement passer au dernier projet, et pas des moindres.

« Albert Robida ou l’anticipation au XIX siècle : une filiation vernienne? », page 32, par Catherine BOTREAU et Sandra BOSQUET

Smart Travel

Smart Travel

Je passe alors au projet suivant. Il s’agit du concept de Jaxon Douglas : le Smart Travel. Contrairement au projet precedent, il s’agit d’un véhicule pouvant se deplacer sur le sol et qui n’a pas besoin de circuit predefini. Ce véhicule electrique est autonome grace à sa batterie, et peut se recharger sur certains circuits. Sa taille reduite (il peut transporter jusqu’à 12 personnes) permet de diminuer le nombre de destinations et donc la longueur du trajet. Les itinéraires sont encore une fois gérés automatiquement par un poste de contrôle. Cependant, ce projet risque de ne pas beaucoup plaire à la direction. En effet, cela fait des décennies que l’entreprise, sous la demande des autorités, a décidé de laisser tomber les voitures et tout véhicule « libre », pouvant se déplacer dans les rues, librement, et provoquer désordre et accident. Même si celui ci est géré par un système informatique, il y a peu de chance qu’il soit accepté par la direction qui nous encourage à développer des systèmes infaillibles et contrôlés. Je ne me fais donc pas beaucoup d’illusion sur l’avenir de ce projet, il est difficile d’espérer un changement de politique de transport de la part des autorités qui considèrent ce sujet comme un sujet essentiel.

« SmartTravel : le futur des transports en commun », publié le 16 juin 2008 sur Paperblog

Le Neoval

Je lance sur mon bureau numerique les projets en cours.

Le Neoval

D’abord celui de l’équipe du professeur Siem. Le Neoval, le projet qu’ils développent, est un système de transport en commun composé de module de taille relativement réduite par rapport aux transports actuels (11,2m de long et jusqu’à 2,80m de large). Ces modules peuvent se regrouper pour rejoindre la même destination ou se séparer lorsque la destination diverge. Le système de guidage, la vitesse, l’accouplement des modules est géré automatiquement par un poste central. Ce système demanderait de développer des parcours nombreux et favoriserait le desengorgement des lignes habituelles. L’équipe semble avoir bien avancé puisque dans la suite du dossier apparaissent les plans du système électrique, des pages de formules pour justifier le fonctionnement, et l’application de ces formules par simulation. Je dois bien avouer que ces plans me sont totalement incompréhensibles, mais la simulation semble concluante.

EMR of the dynamical model of the traction system of NeoVAL

« Neoval de Siemens : 15% moins cher que le Val », de Laurent Charlier le 13 juin 2009

« Application to Neoval », Université Lille 1

Arnaud Simons est demandé étage 60.

« Etage 53, Recherche et Developpement » annonce la voix cristalline de l’ascenseur. Marcus de la compta et Esther de la communication se poussent pour me laisser sortir, en me saluant. Sur le chemin de mon bureau, je croise Nathanael et Thomas, qui evidemment doivent me parler de sujets terriblement importants, et à qui je dis d’attendre quelques heures que je regle des dossiers urgents. J’arrive devant une porte sur laquelle est fixée une plaque gravée d’un « Arnaud Simons, directeur R&D ». Je passe ma carte devant le lecteur, à gauche de la porte, et cette derniere se déverrouille.

« – Bonjour monsieur Simons, comment allez-vous aujourd’hui?

– Bonjour Jarvis. Qu’est-ce que nous avons de prévu aujourd’hui? »

Pendant que Jarvis, mon assistant virtuel, m’annonce le programme de la journée, je prends place dans mon fauteuil et allume, en touchant de l’index le coin droit du bureau, mon bureau interactif.

« – 10h, rendez-vous avec l’equipe du marketing. 11h30, verification mensuelle des comptes avec la comptabilité. 13h, le representant de PearTech vous presentera un projet de collaboration. 15h visite hebdomadaire des laboratoires. Monsieur Foover souhaite aussi vous voir de toute urgence, mais n’est pas disponible avant 11h.

– Monsieur Foover? Tu n’as pas davantage d’information?

– Non monsieur.

– Bien, annule le rendez-vous avec la compta, en leur presentant mes excuses, et reporte le à demain s’ils peuvent, et informe Monsieur Foover que je passerai dès la réunion avec le marketing terminée. Rappelle moi à 9h50 pour la réunion, si jamais je ne fais pas attention à l’heure. J’ai quelques dossiers à traiter avant d’y aller.

– Tres bien monsieur. »

Il est relativement rare que Monsieur Foover veuille me voir en personne, j’ai généralement à faire avec son vice-president assistant, son deuxième sous-directeur délégué, ou, lorsque le sujet est particulièrement sérieux, avec son vice-president général. Monsieur Foover reçoit rarement pour récompenser, féliciter ou encourager. Et je ne vaux surement pas la peine qu’il abime sa voix pour me remonter les bretelles. Mais la situation des réseaux de transport en commun est telle qu’il doit subir de sérieuses pressions gouvernementales. Avec la centralisation de plus en plus importante des entreprises dans Central District, les centres commerciaux et lieux culturels qui ouvrent en périphérie, l’Aerus commence à être saturé, ce qui fragilise la production et la consommation, et qui ne doit pas etre du gout des hautes autorités. J’ai tout intérêt à maitriser l’ensemble des projets actuels avant de monter au 60e étage…

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Au centre du grand hall, au dessus de Lola (nom choisi avec soin pour l’Hologramme d’Accueil), un immense écran dans le mur vante les

Transrapid

Le Transrapid

qualités de notre entreprise: son implantation historique, son innovation constante, son professionnalisme à tout épreuve, et des images de nos principales innovations viennent appuyer cette argumentation. On voit d’abord s’afficher des images du Transrapid, l’un des premiers trains à utiliser le principe de sustentation magnétique. C’est surement ce principe novateur à l’époque que voulaient mettre en avant les concepteurs de la vidéo, l’apparence exterieure du train n’étant pas aujourd’hui ce qui va convaincre les clients d’acheter nos produits. Ce train, sans roue, flottait à 1 centimètre des rails grâce à une force électromagnétique générée par deux électroaimants placés sous le train qui interagissent avec les barres de fer laminé placées dans les rails. Apparait ensuite à l’écran le successeur du Transrapid, le Monosky. Basé sur le même principe de sustentation magnétique, le Monosky a répondu à l’époque, quelques décennies après le Transrapid, aux problemes de demande importante en énergie que soulevait le Transrapid grace à des panneaux photovoltaïques

monosky

Le monosky

positionnés sur le toit, et des éoliennes positionnés sur les pylônes soutenant l’unique rail sur lequel circule ce métro aérien. Cette fois-ci, le design se rapproche des standards d’aujourd’hui : la technologie y a une part importante. Il s’agit en réalité de l’ancêtre direct de l’Aerus, qui n’est autre qu’un Monosky un peu plus développé à trois niveaux.

Découvrez les transports du futur ! de Consoblog, publié en janvier 2010

Floating Above the City on Rails de Chris Burns publié le 19 avril 2010

La Foover Company

Après 5 minutes de marche, j’arrive au pieds d’un immeuble de plusieurs centaines de mètre de haut, sa largeur se retrecit de part et d’autre à mi-hauteur comme pour donner l’impression qu’il s’élance vers le ciel. Des passerelles, sur lesquelles circulent de petits véhicules, partent des cotés de l’immeuble pour rejoindre les bâtiments avoisinants. Des lettres imposantes en façade indiquent qu’il s’agit de la Foover Company.

La Foover Company. L’une des plus grandes entreprises du monde. Petite entreprise fondée en 1994, il a près d’un siècle, par Georges Foover, elle s’est rapidement imposée dans le monde du transport, developpant des systemes de transports terrestres, aériens, maritimes innovants et bientôt incontournables. Lorsque les autorités économiques ont souhaité développer les transports en communs, ils se sont immédiatement tournés vers cette entreprise, qui est alors devenue la principale entreprise de recherche, developpement et d’exploitation des transports du monde.

C’est aussi l’entreprise où je travaille, ce qui fait la fierté de mes parents. Ils savaient bien sur que je finirai comme cadre supérieur. Ils avaient souhaité, dès que ma mere était tombée enceinte, developper génétiquement mes capacités d’apprentissage, de communication et de gestion, ce qui m’a evidemment poussé à faire des etudes de Gestion Superieure et d’Economie. Mais ils ne pouvaient se douter, meme s’ils l’espéraient fortement, que je finirais par travailler dans une entreprise aussi prestigieuse que la Foover.

ImageDans le Hall de l’immeuble, des ouvribots, ces petits engins volants finissent d’installer les nouveaux systèmes de PRT (Personal Rapid Transit), qui permettront aux employés de l’entreprise de se déplacer dans les différents immeubles de la firme. Ces véhicules, au design simple, peuvent accueillir 4 personnes et circuler sur un certain nombre de chemins prédéterminés. Les passagers indiquent vocalement leur destination, c’est à dire l’immeuble, le niveau, ou le departement, que le PRT atteindra via les passerelles ou en s’accrochant à des fixations murales pour descendre ou monter au sein d’un meme immeuble. Edward Jr Foover, l’actuel PDG, a finalement accepté d’expérimenter au sein de l’entreprise ce nouveau système de transport qui a pour vocation de desservir, via des voies souterraines ou des passerelles l’ensemble des immeubles du Central District, projet que je lui avais présenté il y a quelques mois.
« Des navettes électriques futuristes pour London Heathrow », publié le 10 août 2011 par Heilios
« En vidéo : les premiers véhicules électriques automatiques », publié le 18 février 2009 par Jean-Luc Goudet

L’aerus

Il est déjà tôt ce lundi matin, le soleil eclaire à peine les rues mais je suis loin d’être le seul dans la queue des tapis roulants monumentaux qui, des rues, menent au quai de l’aerus. Apres 5 minutes d’ascension, j’accede au troisième et dernier niveau, esperant que les autres travailleurs matinaux se soient arrêtés aux deux premiers, pressés qu’ils sont de sortir de la foule humaine massée sur les tapis… pour plonger dans celle des quais. Comme tous les matins depuis quelques semaines, la foule est aussi dense que dans les niveaux inférieurs. Les écrans, placés suffisamment haut sur les parois vitrées permettent de patienter en informant des nouvelles réussites des entreprises, des cours de la bourse, et de la construction du nouveau centre commercial de la capitale. Alors que personne n’est encore arrivé au bureau, le travail commence deja, chacun a la tete levée pour essayer de capter les informations qui laissent présager le contenu de la journée. Cet homme là-bas semble plus stressé que ceux qui l’entourent à la vue des cours de la PearTech. Cette femme s’intéresse davantage au nouveau systeme d’intermediatisation. Pour ma part, inutile de lever la tete pour avoir l’esprit ailleurs : la vision de cette marée humaine m’oblige à penser aux différents projets de nouveaux transports qui m’ont été presentés la semaine dernière. Le bruit électrique de l’aerus me fait réagir. L’immense serpent de 3 niveaux de hauteur arrive, se glissant sur sa barre circulaire, suspendue dans le vide. Les portiques vitrés separant les quais du vide et les portes de l’aerus s’ouvrent simultanément, et la foule s’engouffre à l’interieur. L’intérieur, plus spacieux, permet à chacun de trouver sa place et de s’installer confortablement pour les longues minutes qui separent la station du Central District, destination obligée de cette population de cadres. Une musique douce raisonne à mes oreilles et me permet de me relaxer pour arriver au travail dans les meilleures conditions. Je me laisse bercer et avant que je n’aie le temps de m’en rendre compte, l’aerus est déjà arrivé à destination. Il faut avoir de la volonté pour se lever et sortir de ce paradis pour replonger dans la foule, mais cette immersion est heureusement de courte durée.

Je me souviens de la premiere fois où je suis arrivé sur cette place. On se sent immediatement ecrasé par ces géants vitrés, par leur taille mais aussi par le poids des decisions qui sont prises ici, organe central des decisions du monde. Les principales entreprises y ont leur direction, des échanges au nombre de chiffres inconcevables sont finalisés ici. Et chacun des centaines de cadres qui se pressent sur les immenses espaces pavés entre les immeubles est comme une fourmi, avec son role defini, pressé de faire son travail.